Archiver le souffle et le silence de paysages en disparition
Mes voyages en Amérique latine m’ont toujours fasciné, tant par la richesse d’environnements naturels exceptionnels— la Réserve faunique de Crooked Tree au Belize, le Refuge naturel de Caño Negro au Costa Rica — que par la diversité envoûtante de leurs signatures sonores. Ces régions offrent une palette acoustique sans pareille.
Intervalles ultimes est né de ce désir de partager ces ambiances sonores uniques : celles du Panama, tout particulièrement autour du lac Gatun. Ces milieux sont aujourd’hui de plus en plus fragiles ; à l’image de l’archipel des îles de San Blas, dont certaines disparaissent peu à peu sous la montée des eaux, ces habitats s’effacent, emportant avec eux un patrimoine naturel et culturel irremplaçable. En ce sens, ces enregistrements font office d’archive acoustique de lieux qui s’évanouissent physiquement.
Dans chacun de ces pays, la faune aviaire, omniprésente et flamboyante, compose un environnement sonore d’une richesse saisissante. Mais c’est peut-être dans les silences que se révèle le véritable caractère de ces lieux. Ces instants suspendus, entre deux chants, entre deux souffles de vent, ne sont pas une absence , ils sont une présence à part entière, une respiration du vivant qui donne tout son sens aux sons qui les entourent.
Combien de fois me suis-je arrêté, subjugué, à écouter ces concerts naturels avec étonnement et admiration , aussi attentif au son qu’au silence qui le précède et le suit. Conçu en 2021, cet album est le fruit de trois années de captations dédiées sur le terrain, saisissant les « intervalles ultimes » d’un monde en transition.