Fermer les yeux pour mieux entendre

Chris Watson, preneur de son, artiste sonore et musicien, m’a généreusement prodigué de nombreux conseils lors d’un atelier technique auquel j’ai participé en Islande. Parmi eux, l’un m’a particulièrement surpris.

Je lui avais indiqué qu’à mon retour à Montréal, je me préparais à concevoir une installation à partir de ma composition Résonnance, une pièce consacrée au fleuve Saint-Laurent. Il me demanda comment je comptais m’y prendre. Je lui répondis que je disposais de belles photos, de quelques vidéos et, bien entendu, de ma composition. Il me regarda avec un léger sourire et me dit ceci :

Si tu présentes des éléments visuels avec ta composition, tes invités viendront te voir à la fin et te diront qu’ils ont beaucoup apprécié. Si, par contre, tu ne leur offres que la bande audio dans une atmosphère à la lumière tamisée, ils te diront alors, avec enthousiasme, qu’ils viennent de vivre une expérience unique et vraiment enrichissante.

J’ai mis sa recommandation en pratique. Plusieurs amis et collaborateurs à qui j’en avais parlé étaient sceptiques, et j’admets avoir moi-même été nerveux lors de la première présentation. Pourtant, il avait raison : j’ai reçu de nombreux témoignages allant dans ce sens.

Bien entendu, cela ne s’applique pas à toutes les situations, et l’utilisation du visuel, avec parcimonie, peut également enrichir l’expérience de l’auditeur. Tout est, je crois, une question de dosage.

L’essentiel est de faire appel à l’imagination de l’auditeur, car c’est elle qui le rend véritablement actif dans son écoute; non pas spectateur passif, mais co-créateur de l’expérience.

Qui n’a jamais été seul dans le noir en forêt, ne serait-ce que quelques minutes, pour réaliser à quel point l’imagination peut être puissante ?